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Très bonne année 2024 à toutes et tous !

Docteur Cécile Hanon, Psychiatre, Centre Ressource Régional de Psychiatrie du sujet âgé, Hôpital Corentin-Celton, APHP

"Créons des centres régionaux pour structurer et rendre lisible l’offre de soins psychiatriques pour les personnes âgées"

Pouvez-vous nous présenter le CRRpsa ?
"Le Centre Ressource Régional de Psychiatrie du sujet âgé (CRRpsa) a été créé en 2014, année de sa labellisation par l’ARS d’Ile-de-France. Il est situé à l’Hôpital Corentin-Celton à Issy-les-Moulineaux, dans le service du Pr Frédéric Limosin. C’est un pôle de compétence et d’expertise pour toute la région. Il diffuse des ressources d’information pour les professionnels*, facilite l’orientation et propose un parcours de soins complet pour les personnes âgées de 65 ans et plus. L’offre de soins du CRRpsa comprend une consultation pluri-professionnelle d’expertise pour les cas complexes, une unité d’hospitalisation de 10 lits et une équipe mobile intersectorielle de psychiatrie du sujet âgé (EMPSA 92 Sud).
L’équipe mobile s’articule avec le maillage territorial de proximité, les CLSM, les CCAS, les professionnels du soin à domicile, les médecins généralistes, les médecins coordonnateurs d’EHPAD… qui, chacun, peuvent nous adresser des personnes. Nous collaborons avec les généralistes, qui restent les pivots de l’accompagnement, et nous travaillons bien sûr en lien étroit avec les secteurs de psychiatrie, vers qui nous orientons les patients pour un suivi lorsqu’il est nécessaire, après notre évaluation, initiation de traitement et alliance thérapeutique instaurée.
Le CRRpsa a également des missions de recherche, d’enseignement universitaire (option Psychiatrie de la personne âgée - pour les internes DES, DU de Psychiatrie du sujet âgé…) et de sensibilisation aux questions d’éthique médicale, lesquelles infusent notre quotidien. Dans la pratique, cela se traduit par le respect de l’autonomie des personnes, de leurs capacités décisionnelles, de leurs choix et valeurs (qui font écho à la CIDPH**), de la recherche du consentement, de la bientraitance en général…"

Existe-t-il d’autres CRRpsa dans d’autres régions ?
"Le CRRpsa n’a pas d’équivalent à ce jour ailleurs France, bien que nous étudions, avec les acteurs locaux et les ARS, la possibilité qu’il puisse s’en créer. Des projets partiels existent, comme en Franche-Comté à Besançon, en Normandie et dans les Hauts de France, dans le Haut Rhin, à Rennes, Tours, Toulouse, Brest, Nantes ou Lyon.
Dans un monde idéal, il devrait y avoir un CRRpsa par région et une fédération nationale qui coordonne les acteurs ! Cela nous aiderait à développer des offres de soins cohérentes, à unifier nos pratiques et à promouvoir des actions de formation et de recherche. Pour exemple, à l’échelle de l’Ile-de-France, l’ARS nous a confié la mission en 2023 de faire un état des lieux des équipes mobiles de PSA. Notre travail a permis la rédaction d’un référentiel d’organisation et d’un VADemecum pour les soignants*. Nous avons mis en évidence des "zones blanches" non couvertes par une EMPSA, et des financements de nouvelles équipes ont pu être octroyés par l’ARS Ile-de-France pour y remédier."

Pourquoi créer un centre régional sur ce thème ?
"Il existe beaucoup d’acteurs intervenant pour les personnes âgées en France, mais on ne sait pas toujours très bien qui fait quoi. Un Centre ressource permet de structurer cette offre de soins, avec des pôles d’attractivité, d’expertise et de compétence, de la rendre lisible, d’attirer des moyens financiers et des ressources humaines qualifiées. Un tel dispositif permet de centrer les actions sanitaires et médicosociales sur les spécificités de la psychiatrie du sujet âgé, dans un maillage cohérent, en lien avec les soins gériatriques et l’offre associative de soutien. Améliorer les prises en charge des personnes âgées souffrant de troubles psychiatriques, accompagner les proches, former les professionnels, c’est notre cœur de métier."

Quels enjeux face au vieillissement de la population ?
"La dynamique qui s’enclenche, avec les enseignements régionaux et nationaux, ou avec la journée psychiatrie de la personne âgée (PPA) du Congrès Français de Psychiatrie par exemple, est très importante pour répondre aux besoins actuels et futurs. Je rappelle qu’aujourd’hui, 20% de la population française a plus de 65 ans. En 2050, cela sera 40%, avec 20% de plus de 85 ans... Cela va renverser l’ordre des choses, car la clinique de la personne âgée est particulière, l’expression des symptômes est différente, l’isolement social est plus fort et vécu différemment, il y a les problèmes d’autonomie, la confrontation à la mort, etc. La psychopathologie est spécifique, tout comme doit l’être la prise en charge, et les enjeux de prescription des psychotropes sont majeurs.
Heureusement, depuis 2017, la PPA est reconnue comme une surspécialité de la psychiatrie***. Les internes vont pouvoir choisir, au bout de la troisième année de leur spécialisation, de faire un cursus en PPA. Cette spécialité n’est pas exclusive, ce veut dire qu’ils deviennent psychiatres de l’adulte et de la personne âgée. Nous commençons à voir arriver nos premiers internes formés, même s’ils sont peu nombreux pour l’instant, une communauté dynamique se crée, ce qui est très prometteur !****"

*Voir par exemple, concernant les équipes mobiles de psychiatrie du sujet âgé, les Recommandations et bonnes pratiques, le Référentiel régional d’organisation ou le VADemecum, guide du soignant en EMPSA.
**Convention relative aux droits des personnes handicapées.
***Option PPA
****ANIPPA : Association nationale des Internes en Psychiatrie de la personne âgée.

Pour en savoir plus et échanger sur ce sujet, rendez-vous à Montpellier les 6-7 juin 2024 pour participer au Congrès de la Société francophone de psychogériatrie et de psychiatrie de la personne âgée (SF3PA).

Création du Conseil des Consultants en Savoirs Expérientiels du CCOMS
Le Conseil des Consultants en Savoirs Expérientiels (CCSE, nom trouvé et souhaité par les membres eux-mêmes) a été mis en place en septembre 2023 par le CCOMS. Il regroupe et rémunère une dizaine de personnes concernées et de proches aidant.e.s venant d’horizons divers. Tous ont des vécus différents, qu’il s’agisse de troubles psychiques, d’addictions, de situation de grande précarité ou de troubles du neuro développement. La coordination du Conseil est assurée par une chargée de mission du CCOMS. Sa mise en place a été préparée en amont en coopération avec une paire aidante itinérante. Il répond à un besoin de structurer la participation des usager·ère.s et proches aidant.e.s au sein des programmes, activités de recherche et de formation du CCOMS. En fonction des centres d’intérêt de chacun et des besoins, les participant.e.s peuvent se positionner sur les sujets traités par le CCOMS et être force de propositions (prise de parole publique, relecture de documents, groupe de travail sur diverses thématiques, co-rédaction d’appels à projets…). Les réunions du CCSE donnent l’occasion de communiquer sur les enjeux de la participation en santé mentale et en psychiatrie et de valoriser les savoirs expérientiels des personnes concernées.


Des sénateurs invitent le gouvernement à ériger la santé mentale des jeunes en grande cause nationale
L’examen d’une proposition de résolution portée par 14 sénateurs, est programmé ce mercredi 17 janvier au Sénat. Outre la demande sur la grande cause nationale, les sénateurs, "Observant que les capacités d’accueil en soins de psychiatrie et d’accès aux psychologues sont insuffisantes face aux besoins ; Déplorant que la médication des jeunes constitue, dans certains cas, une réponse par défaut de prise en charge psychothérapeutique sur le long cours ; (…) Souligne la nécessité de déployer une politique globale et ambitieuse d’accompagnement des jeunes dont la santé mentale est affectée ; Suggère de repenser les missions et de renforcer les moyens du service de santé scolaire pour le rendre plus performant et plus attractif pour les médecins et les infirmiers ; Rappelle l’importance de soutenir les centres médico-psycho-pédagogiques (CMPP) et les centres médico-psychologiques (CMP)".

Une proposition de loi pour réduire les contrôles des mesures de contrainte dans les UMD/UHSA
Dans une proposition de loi relative à l’organisation des unités pour malades difficiles dans le cadre des dispositifs de contrôle de l’isolement et de la contention par le juge, déposée le 23 décembre dernier, 14 députés considèrent que la mission des UMD "se trouve aujourd’hui fortement mise à mal dans son organisation et son fonctionnement du fait de la mise en place depuis 2022 de la nouvelle réglementation relative au contrôle, par le juge des libertés et de la détention, des mesures de restriction au sein des unités de soins (isolement et contention)". La proposition vise donc à donner la primauté aux mesures de sécurité particulières ou règles d’organisation et de fonctionnement applicables au sein des UMD/UHSA. En guise de contrôle, ces députés proposent que le règlement intérieur de ces unités fasse "l’objet d’une présentation annuelle auprès de la Commission départementale des soins psychiatriques, du procureur de la République et du juge des libertés et de la détention."

6 plateformes numériques pour former et soutenir les aidants
La CNSA a accompagné, durant 18 mois, le développement de 6 plateformes pédagogiques de soutien et de formation à distance portées par une alliance d’acteurs associatifs et de professionnels de l’enseignement. Elles sont désormais accessibles à tous les aidants.
A découvrir ici.

Un Kit pédagogique pour les séances d’empathie à l’école
Par la voie du Ministre de l’époque, Gabriel Attal, le Ministère de l’Education nationale souhaite développer des cours d’empathie dans les écoles maternelles et élémentaires. Ceux-ci seront expérimentés et évalués de janvier à juin 2024, puis devraient être généralisés à l’école primaire à compter de la rentrée scolaire de septembre 2024. En proposant un ensemble de ressources, le kit pédagogique lancé à cette occasion accompagne les enseignants dans la mise en œuvre de ces séances. Au-delà des cours d’empathie à l’école primaire, l’enjeu est de renforcer la formation des élèves aux compétences psychosociales dont la recherche atteste des effets bénéfiques.
A télécharger ici.

Cnaé : une plateforme d'écoute pour les étudiants
Le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a lancé en décembre dernier Cnaé (Coordination nationale d’accompagnement des étudiantes et étudiants), une plateforme gratuite et confidentielle d’écoute, d’accompagnement, d’information et de signalement pour les étudiants. Elle vise à mieux prévenir les sources de détresse psychologique et à renforcer la prise en charge de la santé mentale des étudiants. Cnaé est joignable au 0 800 737 800 du lundi au vendredi de 10 heures à 21 heures, et le samedi de 10 heures à 14 heures.

6-7 juin, Marseille : congrès Reh@b
Ces journées, organisées par Santé mentale France, auront pour thème : "Rétablissement : Ensemble, bougeons les lignes". Répondez à l’appel à communications d’ici fin février.
En savoir plus, s’inscrire…


Ressource pour aider à l’insertion professionnelle
Elaboré dans le cadre du Projet Territorial en Santé Mentale de la Mayenne en début d’année dernière, le guide "Inspirations-préconisations à l’usage des conseillers emploi pour l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap psychique" garde toute son actualité. Fort bien réalisé, il vise à accompagner positivement le projet professionnel de la personne en situation de handicap psychique.
A télécharger ici.

 

Nouvel outil de l’OMS et l’UNICEF pour améliorer les compétences émotionnelles des jeunes adolescents
Early Adolescent Skills for Emotions (EASE) est une intervention psychologique de groupe fondée sur des données probantes pour aider les jeunes de 10 à 15 ans touchés par des problèmes d'intériorisation (par exemple, stress et symptômes d'anxiété, dépression) dans les communautés exposées à l'adversité. Publié par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF), EASE vise à aider les adolescents et leurs soignants à acquérir les compétences nécessaires pour réduire la détresse. L'intervention comprend 7 séances de groupe pour les adolescents et 3 séances de groupe supplémentaires pour leurs soignants. Il est basé sur des aspects adaptés de la thérapie cognitivo-comportementale eta été conçu pour pouvoir être dispensé par des assistants non spécialisés formés et supervisés. Le manuel d’intervention EASE est accompagné de quatre documents supplémentaires pour soutenir sa délivrance.
A lire ici (en anglais).


Réunir l’initiative QualityRights de l’OMS et le programme de la World Psychiatric Association sur les alternatives à la coercition
Dans l’article paru le 5 janvier chez Cambridge University Press, l’OMS et l’Association mondiale de psychiatrie (WPA) décrivent et analysent de manière critique les points communs entre les deux organisations, qui soutiennent une gamme similaire d'approches fondées sur les droits pour promouvoir des pratiques non coercitives dans la prestation de services, y compris une intervention précoce en matière de prévention et de soins et d'autres changements de politiques et de pratiques. Les deux organisations s’unissent pour exhorter les pays à prendre des mesures pour promouvoir des pratiques non coercitives aux niveaux des politiques et des services.

 

L’intégration du savoir expérientiel à la recherche plébiscitée par The Lancet Psychiatry
Dans un nouvel article du Lancet, les auteurs explorent l'importance d'inclure la perspective de l'expérience vécue d’un trouble de la santé mentale dans toutes les recherches et comment The Lancet Psychiatry s'engage à promouvoir cette participation dans la recherche, notamment en demandant aux auteurs comment ils ont intégré cette dimension dans leurs travaux. Extrait : "Travailler avec des personnes ayant une expérience concrète de la recherche en santé mentale présente de nombreux avantages. Cela peut améliorer la qualité, la pertinence et l’application de la recherche, permettre aux chercheurs d’établir un plus grand lien avec les personnes que leur travail vise à servir et donner une voix et un pouvoir à ceux qui sont souvent marginalisés. Les perspectives d’expérience vécue sont importantes pour toutes les recherches liées à la santé physique et mentale, car elles aident à établir des priorités pour garantir que les besoins des personnes souffrant de maladies particulières soient satisfaits de manière adéquate. Ils sont peut-être particulièrement importants dans la recherche sur la santé mentale, où les biomarqueurs ne constituent souvent pas la mesure la plus pertinente des conditions qui, de par leur nature, affectent l'expérience de soi, l'humeur, la pensée, la détresse et les relations interpersonnelles."
A lire ici (en anglais, article en accès gratuit, après inscription).

Dépression périnatale : un risque de décès largement augmenté
Les femmes ayant un diagnostic de dépression périnatale présentent un risque de décès par suicide multiplié par 6.3, selon résultats d’une étude internationale publiée dans The British Medical Journal. L’analyse de registres nationaux suédois entre 2001 et 2018, montre que, plus globalement, le risque de décès pour une cause non naturelle est multiplié par 4.3. Ces risques étant plus particulièrement accrus avec une dépression post-partum plutôt qu’avec une dépression ante-partum.
A lire ici (en anglais).




Retrouvez les 10 précédentes éditions de la Lettre du GCS ici.

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La Lettre du Groupement de coopération sanitaire pour la recherche et la formation en santé mentale est éditée par le Centre collaborateur de l'OMS (CCOMS), service de l’EPSM Lille métropole. Le GCS a pour objet la recherche, la formation et la mise en œuvre d’actions visant le développement de dispositifs de santé mentale intégrés dans la cité, incluant la prévention et l’insertion des publics souffrant de troubles mentaux. Le Groupement œuvre à la promotion des échanges professionnels et à toute action de lutte contre la stigmatisation en santé mentale et en psychiatrie. Il favorise et soutient la participation des représentants des usagers, des familles et des aidants. Le GCS, dont le conseil scientifique est celui du CCOMS de Lille, relaie les recommandations de l’OMS au niveau national et localement.

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